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Connaître son cerveau : un enjeu de société ?

Quel est l’intérêt de se pencher sur notre cerveau ?

De plus en plus, les médias, le public et la société en général découvrent cet organe si important et pourtant encore si négligé. Depuis l’après-guerre, les neurosciences contribuent grandement à ce phénomène . Malheureusement, il y a toujours une distance entre les découvertes faites dans les laboratoires à travers le monde et la vie quotidienne des femmes et de hommes qui nous entourent. Certes, il y a prise de conscience, mais nous n’en sommes qu’au début. Nous commençons à peine discerner les transformations profondes qui vont se dessiner dans notre société en lien avec le cerveau.  Notre intérêt en tant qu’ être humain, va être de faire le lien entre nos comportements souvent incompris et la réalité neuronale qui l’explique. Non seulement, elle l’explique, mais en plus elle donne des pistes pour les transformer et donner une autre dynamique. L’intérêt professionnel lui aussi est indéniable. Que cherche les entreprises ou les institutions ? De la productivité, connaître le cerveau permet de lui en apporter plus. L’intérêt personnel est lui aussi de la partie. Que cherche-t-on ? Le bonheur, atteindre ses objectifs, vivre au mieux avec sa famille, les neurosciences peuvent y aider.

Vulgariser, un mot vulgaire ? Disons plutôt familiariser.

Le mot vulgariser est un mot avec une tonalité plutôt négative. Comme si c’était dégradant de partager avec les plus grand nombre la connaissance des élites intellectuelles, … Pour ma part, j’évite au maximum de l’utiliser. La connaissance, en particulier sur le cerveau, doit être partagée. Il n’y a ni dogme, ni vérité à cacher. C’est le principe de la science à mon sens. Penser, réfléchir, tester, découvrir, partager, faire profiter, voilà la voie royale. Même avec ce chemin en tête, la problématique reste que le langage cerveau est, lui, peu accessible. Lisez plutôt à haute voix : plexus choroïde, anosognosie, sclérose latérale amyotrophique, …  De quoi faire des merveilles au scrabble, mais peu d’étincelles dans la vie quotidienne. C’est pour cela que de plus en plus des neuroscientifiques s’évertuent à faire passer le message. J’ai récemment lu l’ouvrage de Lionnel Naccache et Karine Naccache sur le sujet : Parlez-vous cerveau. Le Pr Naccache est Neurologue et chercheur à la Pitié Salpétrière. Après ces chroniques sur France inter (ici), il a décidé d’écrire un livre avec sa femme pour transmettre autrement ses connaissances. Pour lui l’objectif était de « faire en sorte que la langue des sciences du cerveau ne sonne plus comme une langue étrangère aux oreilles des non-initiés » (P13). Avant de voir s’ils ont réussi leur objectif, voyons quels sont les éléments importants abordés dans ce livre :

  • Les bases physiologiques du cerveau : neurones, glie, neurotransmetteurs, …
  • Les bases architecturales : cortex, lobes, hippocampes, …
  • Les mythes autour du cerveau : les 10%, les pertes de mémoires, le hacking de cerveau, …
  • Les éléments de construction de la conscience : la conscience de soi, la créativité, …
  • Les principes fondamentaux pour comprendre le cerveau : douleur, récompense, neurones miroires, …

Tout un programme abordé en 35 paragraphes où les mots ont leur importance.

« Parlez-vous cerveau ? » permet-il de se familiariser ?

Reprenons notre exploration de « Parlez-vous cerveau ? ». Ce livre est une succession de petites histoires, anecdotes et explications rapides sous la forme de chroniques écrites. Premier point réussi, les chapitres sont assez courts. Cela permet de maintenir l’attention malgré la complexité des notions abordées et de les relire en peu de temps. Ensuite, le ton du livre est léger, humoristique et plein de jeux de mots. Un plaisir à lire pour les amoureux de la langue française et pour ceux qui aiment ce type de plaisanteries (comme moi !). Le rire et le plaisir sont aussi des éléments cruciaux pour faire passer un message plus facilement. Le Pr Naccache aborde de nombreux thèmes essentiels pour appréhender notre fonctionnement et avoir des bases pour discuter autour de notre organe roi. A travers ses exemples et anecdotes, il explore différents univers permettant à chacun de trouver une partie de soi dans ces récits. Le cerveau étant assez égocentrique, si le sujet ne le touche pas d’assez près, il risque de s’en détourner. Pour résumé, vous l’aurez compris, j’ai aimé ce livre.

Toutefois, j’ai aussi mis en parallèle ce livre avec les formations que je donne avec Neuropro Consulting. Sur le terrain, je pense que mes exemples sont simples et accessibles, qu’ils vont être intégrés et compris par les non-initiés qui sont face à moi. Je me rends compte régulièrement que ce n’est pas le cas. Les mots qui sont les miens ne sont pas les mêmes que ceux de mes stagiaires. J’ai la chance de pouvoir m’adapter, mais ce n’est pas le cas lors de l’écriture un livre. Cette problématique évoquée plus haut va se retrouver ici. En effet, malgré le ton léger et l’humour, les tournures de phrases utilisées sont complexes, les jeux de mots très recherchés et les références culturelles pointues. De plus, contrairement à la radio, il avait la possibilité d’utiliser les images pour illustrer ses propos et les rendre plus compréhensibles. Seulement cinq illustrations me semblent un peu juste. Ce livre est donc bien un ouvrage qui va permettre à une partie (éduquée, cultivée et familière avec les subtilités de la langue française) de la société de se familiariser avec le cerveau.

Plus largement, la transmission des connaissances sur le cerveau et sur fonctionnement est un thème majeur. Il devrait être abordé dès le plus jeune âge pour avoir une puissance maximale. C’est sans doute ce que cherche le gouvernement qui a récemment intégré Stanislas Dehaene comme président du comité scientifique de l’éducation nationale. Espérons que les recommandations de ce comité neuroscientifique permettront de faire bouger les lignes car il y a urgence !

J’espère que vous avez apprécié cet article. Si c’est le cas, partagez le sur les réseaux sociaux et laissez un commentaire.

A bientôt pour un nouvel article, bien cordialement.

Julien VION.

Naccache L. & Naccache K. (2018). Parlez-vous cerveau ?. Odile Jacob.

 

2 réponses
  1. Dos Santos Ludovic
    Dos Santos Ludovic says:

    Ça donne envie de le lire!
    Si nous étions plus au courant des mécanismes de notre cerveau nous seront aussi moins sensibles à certains détournements ou manipulation médiatiques, politique ou commerciaux

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    • Julien Vion
      Julien Vion says:

      Bonjour Ludovic,
      Content que cet article donne envie de lire l’ouvrage et d’en apprendre plus sur le cerveau. Quelle que soit la raison, il est toujours bon de se renseigner sur notre fonctionnement pour éviter de se faire piéger par ceux qui l’utilisent contre nous !

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